à plus tard

ouvrage en cours de realisation 
En collaboration étroite avec l’auteur Gaston Bogart, nous avons eu l’idée (le staff de courte-line) de montrer le livre en train de s’écrire.
Son titre à plus tard renvoie à une fin hypothétique  qui ne sous-entend pas forcément une publication.
Une à deux fois par mois l’auteur laissera ici sur cette espace d’écriture des extraits de son texte en cours d’élaboration, mais aussi un constat de ses humeurs, de ses doutes, de ses hésitations ou de ses satisfactions.
Aux dernières nouvelles l’auteur Gaston Bogart a décidé d’effacer les pages qu’il a écrit. Ne reste que les dates. Les raisons à ce geste radical ne sont pour l’heure connues que de lui seul.

les aventures de jacques hertant

Les aventures de Jacques Hertant, pièces radiophoniques écrites et enregistrées par Marc Giloux entre 2000 et 2006.
5 CD, tirage limité (en cours de réalisation)

“nuages” suivi de CHUT

Tout d’abord : “NUAGES” 
Au bout d’une route qui nous conduisit, des Gorges de l’Ardèche aux Bouches-du-Rhône, et qui, contre toute logique oratoire aussi bien que respiratoire, se finit dans les poumons ou branchies formés par la Camargue deltaïque, nous louâmes, mon amour et moi, comme on est un peu clowns, aux Saintes-Marie-de-la-Mer, une chambre avec vue sur un mur.

C’est sur ces mots que commence et se clôt le premier des petits textes que tu t’apprêtes à lire, ô mon passager lecteur égaré loin des librairies et des livres usuels. Entre les deux refrains, le voyage t’au-ra-mené, lâchant prise au jeu des nuages, du je au nous, de la mélancolie amoureuse à l’érotisme d’un coin de monde, où ça? Eh bien ici, à notre point de départ, soit les bords de mer de la Camargue deltaïque. Entre les deux, tu trouveras par ailleurs, cachées ou disséminées, les paroles d’une chanson écrite sur l’air du merveilleux « Nuages » de Django Reinhardt.

Même si moi, l’auteur, je ne les ai pas trouvées.

Deuxième chose: CHUT
Il ne t’échappera pas, ô mon si sage lecteur (ou pas), que CHUT suit un parcours analogue à celui de “NUAGES”.
Il aboutit à la dissolution (ou résolution, à toi de voir) du psychologique dans le météorologique, la différence étant que “NUAGES” s’inscrit dans un lieu et un paysage alors que CHUT se déroule au beau milieu de nulle part.

Dernière chose: quant à savoir si ces textes sont de la poésie ou du récit, du lyrisme ou de la cosmologie appliquée, une forme moderne de géomancie ou tout simplement un peu plus qu’un guide touristique…
Je l’ignore et veux l’ignorer.

J’oubliais.
Les textes que tu t’apprêtes à lire, ô mon lecteur-passager ne sont que des partitions. Non que j’attache une quelconque idée de maîtrise ou de perfection à ceux-ci mais parce qu’ils furent écrits pour être dits à haute voix.
Je ne prétends pas cependant réformer l’usage si commode et si profond de lire en silence ni t’exposer au risque d’une extinction
de voix en te demandant de lire oralement l’intégralité du texte, encore que.
Je veux seulement suggérer que certains passages, distingués un peu comme il te chante (c’est une question d’intuition autant que de bon plaisir ), certaines phrases comme on dit en musique, pourraient gagner à être «proférés », comme dit l’autre.





Livre relié , 78 pages , langue français 12.00€
sans plans

Sans plans a été écrit entre les années 2006-2010, ou plutôt prélevé ça et là dans les petits journaux gratuits distribués dans les gares et les lieux publics. Des phrases courtes qui se juxtaposent en un jeu de piste sans début ni fin pour rendre obsolète toute idée de sens logique qui pourrait se rattacher à une narration.

Extraits de la version 2014 revue par Robert Mouvre:
Comédie sentimentale sur fond de patinage artistique.
Un univers sans mensonge, baigné dans un panthéisme total.
Luttes d’influences, ruses et bluff au menu.
Where are you Scooby-Doo ?





Livre relié , 98 pages , langues plusieurs 10.00€
histoire deux

IMPRÉGNATION DANS L’OMBRE DES TABLEAUX.
Tandis que le vent rabat la fumée de nos cheminées sur le ciel gris de neige et le fond des sapins, j’absorbe cette vue avec la même nécessité d’imprégnation que celle qui existe à partir d’un texte historique ou dans toute autre forme de récit. Seul le poème offre une plus grande succession fragmentée de climats ; la force d’incantation d’un poème comme Les Chasseurs, par exemple, est pour moi colossale et n’a rien à voir avec un jeu littéraire ou une astuce verbale. À toute communication préférons l’hermétisme du Chant ou de la danse guerrière.

Ainsi vont les rêveries d’un enfant au fond d’un grenier à partir d’archives familiales, ou les constructions historiques qu’on se fait, les histoires deux, ces curieuses imprégnations à partir des récits entendus en classe et des livres d’Histoire lus.

Grâce à ma maîtresse primaire (Mlle Angélique !) j’ai pu ainsi assister à la Saint-Bartélémy en la replaçant à Saint-Michel et à Saint-Augustin et en d’autres quartiers de Bordeaux ou des villages connus, j’ai construit mes premiers récits de cape et d’épée et surtout j’ai participé à l’exaltation des Enfants Croisés qui sont venus me rendre visite la nuit, et qui erraient essentiellement du côté du Maucaillou ; tout le Moyen-Âge était là et rayonnait tout autour de la maison du bourreau rue Saumenude jusqu’aux Halles des Capucins.

Il ne s’agit donc absolument pas de couleur locale ni de vérité historique mais de crever espaces et époques les unes par les autres aussi vrai que le Christ a suivi la route 66 et a dû subir l’horreur des urines de la place Canteloup.

Extrait de la page 3:
Olim

Le Livre était vierge. À l’aide de son encre, il jeta rapidement quelques traits, aigus d’abord, du fil de la plume, sortes d’avoines indistinctes, de buissonnements hérissés sans savoir d’où.
Celui qui adorait la lumière de la vérité à vécu dans l’ombre tuberculeuse et trouée.
Le feu des lentilles creuse ses poumons mais cause sa joie pour le petit des microscopes et le grand des téléscopes. Pureté du raisonnement qui coupe les causes. Qu’est-ce qui explique les lois antérieures à tout ?
Il hésita devant certaines innovations, comme cette découverte de forme pulmonaire, aux dentelures trop difficiles à inventer, puis à préciser, à fixer, à retenir. Il inscrivit le houx simplement, en pesant sur le pouce, au milieu d’une série d’étoilements de petites taches laissées tomber, et dont l’éclatement formait les bords, à peine recourbés et coupants, piquants.
Il posa des fils mais peu ; quelques clôtures ; il préférait à ces difficultés le désordre d’irrigations visuelles venues parmi un Mont, dôme de gâteau brun et vieux roux saupoudré de sucre glace, avec sans doute un temple au sommet.
Trilles, craquements ; il en viendrait au bruit ensuite, après le tri.
Il laissa sortir également de rigoles d’encre quelques forces de cheveux semblant des genêts. Puis il y avait cet écorchement en griffures latérales de la plume tressautant, avec des à-coups de lignes et des épines à chaque fois, des fruits oblongs, encore imprécis. Une série de ruptures successives.
Le disque pâle était là, filtrant parmi des échevèlements…
Et lançant son regard sur ce fouillis de courbes ratées, qu’il aimait déjà particulièrement ; ce seraient : des ronces !





e-book : livre , 61 pages , langues français 15.00€
kituki au kentuki

Marc Giloux crée, avec les aventures de Jacques Hertant, 1998-2003, des fictions qu’il conte et structure en différents épisodes. La photographie, n’existant que par sa voix, recouvre alors une valeur théorique ou narrative. Ces récits font partir l’image en spirale dans le son quand le personnage de Jacques Hertant, physionomiste de profession, est présenté, par l’invisibilité de l’enregistrement sonore, comme une encyclopédie d’images mentales. Ces récits un rien potache initient une prolifération langagière sur le regard et le système oculaire, avant que des descriptions de portraits de personnalités ne proposent une piste d’envol à l’imaginaire. Alexandre Castant, in Planètes Sonores, 2007.

Ecrites, lues et mises en onde par l’auteur, ces pièces radiophoniques existent maintenant sous la forme ressérée d’un support papier.

Extrait:
Son profil se dessina furtivement dans le miroir, près de l’entrée. Alerte rouge pour Jacques Hertant qui se trouvait à proximité, derrière le ficus en pot posé sur la colonne en marbre rose, son verre de San Pellegrino-tranche à la main. Des douleurs gastriques provenant sans doutes des excès du spumante “Ferrari” ingurgité la veille au soir pour l’anniversaire de Solange, déjà 37 ! l’empêchait d’apprécier à sa juste valeur les cocktails proposés pour cette soirée de gala dont les appellations ne manquaient pas de grandeur ni d’appétence: “Suzanne jour et nuit”, “Irkoust mon amour”, “Titanic tu peux courir”, “Shadows on the string”, “Lolita je te vois”, “Le pont de la rivière Kwaï”, “La pin-up et le dragon”, “Da Vinci code”, “Da capo”, “Le retour du guerrier”, “My name is nobody”, et surtout “Hygiène de l’assassin” qui impressionna Jacques Hertant compte tenu de la mission qu’il devait assurer ce soir dans ce lieu très confondant, contondant et redondant!
Arrivée dans la grande salle illuminée par les candélabres judicieusement tenus ferme par les mains gantées des valets de pied tout de rose velours vêtus, il la reconnut…





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vieil ours polaire sur calotte glacière

Ces mini-nouvelles sont en quelque sorte la cristallisation d’une situation précise, d’un positionnement dans l’espace, d’un court moment, d’un point de vue particulier ou d’un déplacement : plongée/contreplongée, dessus/dessous, symétrie/circularité, plan général/détail, inachèvement….

Certaines sont librement inspirées d’œuvres, parfois d’une œuvre précise ou de plusieurs : La foule garde en mémoire certaines œuvres futuristes telles Les Forces d’une rue d’Umberto Boccioni, 1911, ou La révolte de Luigi Russolo, de 1911 également. Vieil ours polaire sur la calotte glaciaire pourrait être une sorte d’hommage au monochrome blanc comme à Alphonse Allais.

Extrait:
L’idée prit forme dans mon esprit lors d’une dernière visite chez mon médecin traitant, celui qui m’avait suivi plus de 15 années durant et qui, au terme d’une longue carrière, avait décidé de prendre sa retraite. Cette entrevue résonnait comme un au revoir, sans les sanglots, puisque j’évaluais notre relation ni meilleure ni pire qu’une autre mais son terme clôturait une étape de ma vie. Ce n’était pas à lui que je disais adieu mais à ces années de maturité qui avaient filées
sans que véritablement je m’en rende compte et que ce rendez-vous marquait d’une limite. La suite serait probablement moins pimpante. J’attaquais l’autre versant et hélas, pas à reculons.
Nous discutâmes un moment, plus de ses projets à venir que de ma propre santé. Je sentais bien que ce n’étais plus son problème, il passait le relais.
Avant de le quitter j’eus la présence d’esprit de lui demander mon dossier. Il parut un instant surpris mais j’insistai en précisant que je le transmettrais à la personne choisie pour le remplacer. Lorsque je sortis du petit cabinet, les quelques feuilles entre les mains, j’eus l’impression de me reprendre. Je n’avais jamais imaginé avec une telle acuité la somme des traces que nous laissions derrière nous, en dehors même de notre propre maison, tous ces documents administratifs, actes de naissance, de mariage, de vente et de décès qui jalonnent notre parcours sur la terre.





Livre relié , 173 pages , langue français 15.00€
jack pot

Marco Gilusi, qui a francisé son nom en Marc Giloux, a réussi cela, d’écrire un polar absolu. Sans doute parce qu’il est natif de Sicile, un pays entre tous où on célèbre l’Éternité.

Pour moi, le polar c’est l’Été (quelque que soit la saison où se passe le polar), et chaque été je relis avec acharnement en particulier les grands méconnus classés dans la “série B”, comme Jim Thompson ou David Goodis, et les grands maîtres du hard-boiled comme Chandler et Hammett. Mais bien sûr j’élargis considérablement au-delà de Chester Himes, Jérôme Charyn et bien d’autres… Pour moi le polar sue, et porte les mauvaises odeurs des grandes villes. Mais je n’ai jamais su écrire comme cela (“suer”), un polar estival jusqu’au bout : il faut toujours que je déconne ; je bazarde, je bifurque, je fais tout péter. Mon écriture ne relève que de mon incapacité à écrire un véritable roman gothique. Qui n’a pas rêvé d’écrire un véritable roman russe ou Dickensien ? Non pas de transformer le genre, mais de le beurrer, de l’enduire jusqu’à la saveur extrême comme on peut jouir extrêmement de la féminité quand on est un homme (n’en déplaise aux instances à la mode).
D’écrire un polar absolu, c’est à dire tout simplement toucher à l’absolu par la célébration du genre. C’est comme l’enchantement des saisons. Pendant plusieurs années, enfant puis adolescent, j’écrivais un poème à Pâques, à l’occasion de la Rentrée des Classes, puis pour la Fin de l’An (ce sont des Entités en tant que telles, qui réclament des Majuscules), pour essayer de saisir chaque année ce qui se ressemble sans se répéter, ce qui s’affine et ce qui se précise. Jouissance du cliché qui bave, comme Harry Potter, ce chef-d’œuvre mille fois préférable aux ânonnements de toute la brigade de la déconstruction et de la distance critique, à quoi répond l’enclave dictatoriale de la répétition insalubre.

Marc Giloux, lui, tient le pari. Il y a dans tout cela, comme on l’a dit plus haut, l’insistance de la célébration des Saisons dans la pensée traditionnelle chinoise, la recherche de leur quintessence comme dans un idéogramme, et Marc Giloux est un grand parleur de la langue chinoise. Là où nous essayons de saisir, le Chinois célèbre. Enfant, j’essayais de capturer chaque année l’animal Rentrée des Classes et sa fourrure tachetée, alors que la langue chinoise contient dans un seul idéogramme une fois pour toutes la rentrée des foins et l’emblématise parfaitement. Célébration des fleurs et du monde reprise de génération en génération. Chaque nouvel empereur refait le dictionnaire en refaisant l’inventaire du monde, mais il ne le bouleverse pas.

Marc Giloux connait sa langue comme sa poche, où beaucoup de créatures ont vécu. Jack Pot énonce quelque chose de la disparition de la mélodie singulière au profit d’une harmonie générale (“Il faut enfouir la musique.”, disait Satie), la célébration du plaisir de lire à l’opposé de la jouissance d’écrire. Ni pizzicati ni crescendo. On s’enfonce dans le polar de Marc Giloux de cette façon, car précisément son écriture est lue d’avance par le Roi du Polar posté sur notre épaule, tout en ménageant la surprise de quelque chose qu’on n’attendait pas du tout. Cela n’a rien d’un formalisme ni des quéquettes évoquées plus haut. On est dans l’inconnu reconnaissable. Nous aimons les clichés et surtout les typons, le coup frappé du Temps qui dévie toujours, la marque artisanale du tressage, ces sortes de mathèmes de l’émotion.
Onuma Nemon

Extrait:
…C’était à l’hôtel Majestic. A Georgetown. Sur l’île de Penang, ou Piiinang, en traînant toujours sur le i, dans le détroit de Malacca, de l’autre côté du golfe de Siam. Pas tout à fait encore la mer de Chine. Il avait pris là ses quartiers depuis déjà dix bons jours. Et puis, et puis, il est tombé amoureux. Comme on tombe de sa chaise, ou que l’on tombe du toit, ou sur quelqu’un que l’on a pas vu depuis dix ans, ou quinze ans, ou depuis hier, de toutes façons le temps ne fait rien à l’affaire, il est tombé amoureux. Mais ce n’est pas ce que vous croyez, non, il est tombé amoureux d’un ventilateur, un ventilateur, oui. Un ventilateur, un Hitachi 1930. Un Hitachi 1930, un HiTATChi comme disent les Japonais, en accentuant sur le tatch, comme Thatcher, ou atchoum…





Livre relié , 150 pages , langue français 15.00€