Revendiquer votre Visite de terrain du jeudi 28 septembre à Lyon lors de la Biennale d’art contemporain comme une performance en résonance avec les œuvres de Bruce Conner, Crossroads (nuages atomiques dans le pacifique), Forever Immigrant de Marco Godinho et Ruptura de Hector Zamora (150 personnes jetant dans le vide des pages de livres noirs) nous semble judicieux. Le fait de faire appel à nous par le biais des cahiers d’art de courte-line afin d’archiver votre action Visite de terrain, relève d’une fine connaissance des arts actuels. Nous avons particulièrement apprécié vos interventions discontinues aux arrêts de transports en commun.

Alors que nous nous rendions de la gare Part Dieu à la Sucrière ce matin-là, les panneaux d’affichages préenregistrés des bus de ville étaient interférés par une sorte de poésie sonore : T1 20min – T1 7min – T1 20min – T1, 30min – T1, 20min – T1, 1min – T1, 20min – T1, 1, 1 – T1 Attention les voyageurs de la ligne T1 sont perturbés.

Si par automatisme nous nous attendons à voir de l’art dans des lieux référencés par la Biennale de Lyon, les cérémonies de grimaces le long des arrêts des transports en commun et les rencontres hasardeuses lors des trajets à pied furent pour nous un signe, un happening revisité par notre gouverneur. Ainsi, je vous remercie d’oser vous livrer aux jeux performatifs actuels avec la finesse des happenings des années 60.  Avoir déguisés des performeurs en passants sortant tout droit des tableaux de Magritte, Les Fils de l’homme ou Golconde fut une réelle surprise. Néanmoins, nous vous soupçonnons d’avoir eu une commissaire comme complice : Emma Lavigne.  Elle a dû vous aiguiller sur la question de Modernité et vous insuffler la lecture du manifeste blanc de 1946 sur l’art tétradimensionnel de Lucio Fontana.

Nous vous remercions donc de vous livrer implicitement au jeu artistique tout en gardant une discrétion face aux droits d’image. Effectivement, lors des nombreux clichés du jour vous et votre équipe avez fait attention à vous tenir à distance d’un éventuel rapport à l’art des rues. Ce rapport serait trop frontal et attendu. Si vous apparaissez au premier plan, comme sur vos selfies, l’arrière- plan des photographies ne dissimulent l’ombre d’une sculpture moderne, ni le bout d’une affiche aux poissons volants. A première vue nous ne pouvons tisser un lien entre votre intervention artistique Visite de terrain et l’œuvre When Sky Was Sea de Shimabuku. Pourtant cette performance participative et sociale souhaite bouleverser « l’ordre des choses ».

En vous remerciant pour votre implication culturelle et artistique, veuillez agréer Mr Le Président, mes sincères salutations.

Mme Cadastrale
Octobre 2017

 

(pour me rendre à la Biennale de Lyon j’ai dû faire le trajet de la gare à la Sucrière à pied car Emmanuel Macron venait faire une visite de terrain. C’est vraiment incroyable comme sa venue transforme les trajets quotidiens)