A propos de “Conservare, archiviare, digitalizzare” dans la revue Italienne Artribune, N° 41, (Janvier-février 2018) l’intervention de  Cristina Baldacci, historienne et critique d’art :

« On essaie de remédier au caractère volatile et changeant de l’art conceptuel par différentes formes de documentation, avec  l’illusion de pouvoir conserver des actions et des matériaux transitoires, mais tout en sachant bien que photos, vidéos et certificats recueillis dans les archives ne sont que des  « spectres » de ce qui a été. Dans les cas les plus extrêmes, l’absence d’archives pousse à produire des multiples et des copies, qui peuvent aider à la mémorisation mais surtout qui alimentent  le marché de l’art. Les artistes nous enseignent que l’art peut exister même sans présence matérielle, si un geste, un comportement, une idée, un projet, une image est interprété et remis en acte (reenactment) passant de main en main et d’un medium à l’autre. Cette migration se poursuit au fil du temps et dans un contexte différent, mais, au lieu de produire des idoles ou des fétiches, elle se renouvelle à chaque fois – et avec elle l’idée traditionnelle de patrimoine – par une répétition qui est toujours une traduction et une variation.

Les nouveaux médias et l’art numérique ont ouvert de nouveaux problèmes liés à la conservation, la circulation et la transmission de l’art. Plus qu’une effective perte de données, en raison de l’impossibilité de pouvoir retrouver l’élément original, les disfonctionnements dans l’espace virtuel des archives proviennent du manque de mise à jour des supports, qui est une garantie d’accès et de lisibilité des œuvres. »

Il est évident que cette histoire de conservation/archive/numérique reste préoccupante non seulement pour les œuvres dans leur manière d’être vues/exposées/perçues  mais aussi pour les œuvres futures dans leur « façons » d’être fabriquées/pensées/montrées. C’est ce que disait déjà peu ou prou déjà en 2006 Séverine Dussolier dans Le droit d’auteur et l’appropriation artistique : « facilité par les nouvelles possibilités de reproductibilité technique d’œuvres d’art, l’art n’utilise plus seulement la nature, mais prend pour matériau les signes, les représentations, les biens culturels qui constituent notre environnement, qu’il s’agisse de biens de consommation courants, comme le Pop’art, ou d’œuvres d’art existantes. Dans ce dernier cas, les artistes jouent avec la notion même d’originalité et de copie, idées issus de la modernité, la contestent et la subvertissent. »
Remise en jeu serait peut-être l’expression appropriée pour rendre compte de cette histoire de conservation/archive etc. Dans Anon, le sujet improbable, notations, etc. de Marc Giloux (L’Harmattan, 2015) : « pour cette série d’images appelées Asskilmanor (photographies N&B, 1982) je voulais montrer sous un autre angle et par des « remises en jeu » des œuvres connues et moins connues de l’histoire de l’art à travers des reproductions. Je pense à l’écrivain Gore Vidal dans Duluth : « Quand l’écriture d’un livre est achevée, tous les personnages encore vivants à la fin sont, en quelque sorte, encore à la disposition des autres écrivains », autrement dit quand une œuvre d’art est reproduite et archivée, elle se trouve de droit à disposition des autres artistes, et peut-être remise en jeu de quelque manière que ce soit. Une œuvre n’est jamais terminée, elle est constamment reprise et transformée au gré des procès d’influences qui lui sont accordées. »

j.f. Yorobietchik

Mars 2018