De Proust et son extase (« je me sentis vraiment pénétrer entre ces rochers d’améthyste pareils à un récif de la mer des Indes ; par une gymnastique suprême et au-dessus de mes forces, me dévêtant comme d’une carapace sans objet de l’air de ma chambre qui m’entourait, je le remplaçai par des parties égales d’air vénitien, cette atmosphère marine, indicible et particulière comme celle des rêves, que mon imagination avait enfermée dans le nom de Venise ») aux mondanités plus qu’apprêtées des soubresauts inconsistants de la 57ème Esposizione Internazionale d’Arte di Venezia plus communément appelée Biennale de Venise, il y a un grand pas difficile à franchir tant cet air vénitien est devenu vicié, pestilentiel et insalubre. Les bons vouloirs des multiples curateurs et curatrices qui jonchent les espaces pavillonnaires des jardins aux alouettes pressent le citron des artistes choisis pour la circonstance qui, sous la pression des budgets mirobolants, ont tendance à en faire toujours trop, ou faire à côté, d’où cet ensemble incohérent, aux accrochages décousus, superflus, farfelus, dépourvus de finesse et d’invention. Mis bout à bout quasi en rang d’oignons (à l’Arsenal) les spectateurs sont conviés à passer les œuvres en revue, sans répit et sans repos. Tout cela fait penser à un remake fadasse des multiples foires d’art contemporain qui alignent impunément les œuvres de notre temps comme dans de vulgaires marchés aux bestiaux. Ce sentiment de malaise ressenti tout le long du parcours s’estompe un peu avec la magnifique vidéo de l’artiste de la Nouvelle Zélande Lisa Reihana et l’installation de la maison qui prend l’eau du performeur Géorgien Vajiko Chachkhian, et puis vers la fin du parcours aussi avec les installations sonores des artistes égyptien Hassan Khan et libanais Zad Moultaka. Il faut dire que les travaux de l’artiste français Michel Blazy nous laissent perplexe tant la couillonnade est grande au regard des plantes vertes poussant dans des chaussures mises bien en évidence en plein milieu de l’allée centrale de l’Arsenal. Idem pour son tas de photos de Venise placé au sol arrosé par des gouttes d’eau venant du plafond creusant un trou dans les images rappelant la dégradation de la ville, qui nous laisse sans voix tant la redondance est ridicule. Quant aux graines de couscous (posées sur les membranes des haut-parleurs vibrant aux chants des mélodies arabes des chanteuses célèbres du siècle dernier) de l’artiste (mais ce mot a-t-il encore du sens ?) Kader Attia, nous plongent dans un désarrois incommensurable qui ne nous fait même plus rire tant la bêtise est à son comble.
Finalement les pavillons disséminés çà et là dans la ville tirent bien leur épingle du jeu, puisque les œuvres sont autonomes et prennent généralement en compte les architectures typées de la ville, on pense au pavillon du Luxembourg avec l’artiste Mike Bourscheid ou l’artiste du pavillon du Pays de Galles James Richard.

Loin de l’amateurisme inhérent à la programmation et au conformisme touristique de cette Biennale, les évènements collatéraux nous semblent investis d’un professionnalisme à tout rompre, en l’occurrence les fondations diverses qui font leur travail avec le sérieux attendu comme la fondation Cini avec une installation performative efficace de Paul Mc Carthy, la fondation Prada où le trio du photographe Thomas Demand, du réalisateur de films Alexander Kluge et de la scénographe Anna Viebrock font du Palais Vénitien un espace unique de concertation et de réflexion sur l’art d’aujourd’hui en questionnant par une forme originale et intelligente la place et le rôle que peut avoir le visiteur à l’intérieur d’une exposition.

j.f. Yorobietchik

Juin 2017