L’opportunité de fêter les quarante ans de la disparition de Maria Anna Sophia Cecilia Kalogeropoulos plus communément connue sous le noms de Maria Callas me parait être un évènement justifié à plus d’un titre même si les titres ont tendance à réduire les évènements à un entrefilet sémantique vite lu vite digéré !
La grande dame sopranesque s’était fait remarquer, c’est peu dire, dans les années 50/60, pour le trémolo indélébile et l’envoutement du velouté de ses cordes vocales qui, dans la Norma ou la Traviata, pouvait vous faire frémir tout du long et faire passer les chanteuses d’opéra arrivée ensuite pour des colifichets de foire pour égailler les gouters des bambins de tous âges le dimanche après-midi.
Un certain Tom Wolf, homme tranquille chargé de la communication digitale et audiovisuelle du théâtre du Chatelet à Paris s’est fait remarquer dernièrement en produisant coup sur coup un film, une exposition, 3 livres et une coproduction avec la Warner Classics d’un coffret de 42 CD live d’inédits de la chanteuse (stupéfiant de vérité nous dit la critique, le live saisit le cœur même de l’art de la Callas qui éclate sur les plus grandes scènes du monde ! on peut remarquer en passant le style disons discursif en s’amusant à jongler avec des phrases de ce type, vous rendez-vous compte le cœur de la chanteuse qui éclate sur scène…) devenant du coup un des plus grands spécialiste de Maria Callas!
Maria By Callas, le film de ce Tom Wolf en question, un documentaire de 90 minutes, retrace le parcours de la chanteuse d’opéra la plus célèbre au monde comme se complait à le proclamer toujours la fameuse critique. Ce que j’ai retenu de ce film, documentaire certes, mais film d’abord puisque un film, par métonymie, est une œuvre culturelle qui est enregistrée sur une pellicule photographique et qui est au centre du cinéma, comme nous le rappelle Wikipédia de manière ostentatoire, et ce film est plein de cinéma si je puis dire puisque les supports ciné-photographiques de type super 8, 16 mm, 35 mm se répètent, se juxtaposent, s’entrechoquent tout le long de ces 90 minutes, et ce que j’ai retenu de ce film donc serait que l’emballage, à savoir la pellicule, emballe parfaitement le motif, à savoir la Callas. La Callas + La Callas + La Callas = La Callas. Pas d’échappatoire possible, même si le réalisateur a voulu maniérer un tantinet son travail en jouant sur le Maria By Callas. Pour dire que la personne à la scène n’a rien à voir avec la personne au quotidien. Bla bla bla effervescent, on n’y croit pas une seconde bien sûr, on sait qu’elle jouait à égalité sur les deux tableaux. Non, ce qui m’a paru étonnant c’est de voir le visage de la Diva qui, de bout en bout du film reste le même, avec très peu de signe de vieillissement, de maturité tout au plus, avec des angles de prises de vue de son visage (trois quart gauche) quasi identiques tout le long des concerts ou des évènements filmés. Autant sa voix était reconnaissable entre toutes, son visage aussi : elle portait je crois une attention toute particulière à la caméra et s’efforçait de renvoyer au public une image assez soignée d’elle-même d’une gentille dame bien mise de sa personne en restant très loin des canons esthétiques des stars hollywoodienne de l’époque et des chanteuses d’opéra aux statures parfois impressionnantes. Elle se considérait, et le dit bien tout le long du film, femme normale et ordinaire ayant une vie normale et ordinaire comme toutes les autres femmes de son époque. Sauf que sa voix portait son image bien au-delà des choses ordinaires. Qu’est-ce à dire sinon que nous avons affaire ici à UNE image, non pas des images, mais une seule image, officielle et finalement stéréotypée, figée/fixée dans l’azur des grands homme (et des grandes femmes) célébré(e)s pour l’éternité. C’est l’image une fois pour toute, il n’y a pas d’avant, pas d’après, pas de doute donc ! La Callas se répète de la même manière tout le long du film, comme si le motif La Callas s’était dupliquée au fil du temps, se reproduisant sans fin. La femme tranquille s’était métamorphosée en icone/idole.
Pas facile de faire un film d’images sachant que c’est d’abord la voix de la chanteuse qui fait écran… Mais tout de même rendons hommage au film qui nous montre certains détails impossible à entendre… par exemple constater l’extrême minimalisme des rictus de la chanteuse dans les envolées de Carmen ou de la Tosca, comme si on avait affaire à un playback tant le son de sa voix venait du fin fond de sa gorge. Nulle emphase, rien de théâtral, pas d’excès, pas de gloriole pour séduire le spectateur, point de sourire artificiel non plus pour nous rassurer, non, juste un visage serein, concentré sur la mélodie du chant avec un professionnalisme à tout crin et surtout une mystique intérieure donnant à penser sur cette Diva divine nullement surévaluée.
Comme le dit si bien Guy de Pourtalès (1) « les grands hommes, les grandes femmes nous appartiennent en commun. Voilà notre culture des ancêtres, peut être notre dernière religion, la seule qui puisse encore donner sens à nos actions. »

(1) Nous, à qui rien n’appartient, Infolio, Microméga, 2017

j.f. Yorobietchik

Mai 2018