(Pavillon de Hong Kong, Biennale de Venise 2017)

Je ne sais plus qui a dit « On peut regarder regarder, on ne peut pas regarder entendre ».

Dans une salle où sont installés de vieux sièges pliants de cinéma, un grand écran transmet l’exécution d’une œuvre musicale par des choristes. Etrange exécution où les chanteurs chantent en retenant le son de leur voix et où l’on entend uniquement le souffle de leur chant, comme s’ils chuchotaient le chant. Pourtant ils chantent à plein poumon, dans une énergie redoublée face à leur partition, dirigés par une chef d’orchestre. L’impression qui se dégage est multiple. Puissance, gaité, retenue, empêchement, tout cela à la fois. C’est le souffle du son que l’on entend et seulement le souffle. Le chant nous est insufflé, si l’on peut dire. On finit par reconnaître dans ce chuchotement cadencé, swingué, des paroles « We are the world, we are the children… ». Une chanson écrite par Michael Jackson et Lionel Richie.
Presque toutes les pièces présentées ici ont une relation étroite avec le son, la musique. Dehors dans la cour, sous une porte cochère ouverte sur un canal, une vidéo nous montre un personnage de dos avançant sur un bateau en pleine mer, il chante d’une voix mélodieuse des mots en chinois. Le film est accompagné d’un sous-titrage donnant des indications chiffrées de type 4 – 9 – 56 – …. 3. Code de la navigation ? indications rythmiques ? Mesures marines ? On finit par comprendre si on a fait – comme c’est mon cas – un peu de chinois, même basique par exemple savoir compter jusqu’à 10, on finit par comprendre donc que ces sous-titres sont la transcription de ce qu’il chante. Juste ça, des chiffres mis en musique. Je me mets à penser que Marguerite Duras aurait beaucoup aimé ce travail-là, forcément… la Chine, le rapport son/image, l’absolue égalité de statut entre les deux, la répétition cadencée du rythme de la diction. Comme dans le travail précédent, nous nous trouvons devant la nécessité de déchiffrer, mais bizarrement malgré ces obstacles, ces empêchements, il s’instaure comme un accès direct et immédiat à l’intelligibilité de l’œuvre. Il y a encore d’autres salles, et toujours un rapport intime avec le son. Mais à travers et au-delà de la musique toutes les œuvres de l’artiste gravitent autour de la notion de perte, un je-ne-sais-quoi de nostalgique qui suinte à travers ce décor vintage années 60-70, une atmosphère cosy en pénombre avec rideaux plissés et vieux divans, et beaucoup de choses encore. La disparition. Oui, la disparition pourrait être un dénominateur commun à toutes les pièces présentées.

Samson Young est un artiste polyvalent ayant une formation en composition et musique classique.

Miko Mikado

Décembre 2017