Under the tree du metteur en scène islandais Hafsteinn Gunnar Sigurðsson, sorti en salle en août 2018.

Un arbre qui fait un peu trop d’ombre, des voisins rigides, psychorigides pour employer un terme à la mode, gratuitement haineux, voire acariâtres, bref un voisinage encombrant, gênant, provocateur, une ingérence permanente dans la vie des autres.

C’est un film sur le voyeurisme,
C’est un film sur le regard hostile porté sur l’autre,

Ce regard hostile qui prête à l’autre des intentions forcément hostiles,

C’est une histoire de paranoïa ordinaire, qui devient petit à petit une vraie paranoïa de cinglés.

On pense nécessairement à ce titre du roman d’Olivia Rosenthal, Mécanismes de survie en milieu hostile.

Mais ça n’est pas seulement ça, il y a aussi cette morale étriquée, rejetant les plaisirs de la chair, la condamnation du plaisir, on ne veut pas voir, on ne veut pas entendre. Mais on voit et on entend. C’est ça qu’on ne supporte pas.

On pourrait penser à certaines atmosphères des névroses familiales de Bergman. Moins subtiles, moins raffinées mais tout aussi destructrices.

Les petites vies bien réglées, ordonnées, proprettes, Madame promène son chien… l’autre c’est son chat. Chien et chat… il y a beaucoup d’animaux aujourd’hui dans la vie des gens, des animaux véritables, en chair et en os, les animaux de compagnie, les vrais amis de l’homme, puis aussi des animaux fictifs, ou encore des animaux de décoration, au fond les animaux domestiques font partie du mobilier, mais il y a des animaux dans l’art aussi, et aussi au cinéma.

On pense au film The Lobster de Lantimos. Il y a un peu de cela, cette esthétique froide, une réalité qui frise la surréalité, il y a bien un moment où la frontière entre la normalité et le glissement vers une autre dimension devient de plus en plus poreuse. Chez Lantimos, surtout.
Chez l’Islandais, non c’est moins fiction. On reste ancré dans le réel, un réel qui glisse dans l’absurde, un absurde sans fond, dans le délire.

Tout cela est filmé sans aucun pathos. Pas d’émotion, pas d’état d’âme. N’attendez pas qu’on cherche à vous émouvoir.

 

 

Miko Mikado

Septembre 2018