MV, on retrouve ce signe cryptogrammé parfois dans quelques recoin des peintures de Michel Vautier, comme un souvenir de lui-même, tant il aime s’effacer, se perdre aussi dans ces paysages rustiques du midi  méditerranéens, pensez, Aix en Provence, son atelier se trouve carrément au pied de la Sainte Victoire, en plein dans le motif de qui vous savez… pas facile finalement ce nom de Vautier, comme l’autre, le Benjamin Niçois, le peintre-écrivain de la côte azuréenne… le Michel Aixois serait plutôt peintre-photographe, ou photographe-peintre, tant il se complait à (se) débattre de cette dichotomie épistémologique tendue, à savoir la peinture vers la photographie et/ou vice-versa ! Certains utilisent la photographie pour peindre (ils sont nombreux), d’autres (beaucoup moins nombreux) utilisent la peinture pour photographier, et c’est bien là me semble-t-il que la tournure du travail de MV prend tout son sens. Comme si MV utilisait la peinture en toile de fond pour faire de la photographie (ou l’inverse).
« On sait que le visage d’une femme qui se laisse regarder devient inexpressif » (1) autrement dit une peinture qui ne raconte pas ce qu’elle est, c’est-à-dire une peinture, n’aura pas plus de sens qu’un nez au milieu d’une figure !  Parler seulement de peinture avec MV est une gageure, surtout que son entreprise aujourd’hui a finalement peu à voir avec cette dernière même si la peinture l’occupe depuis près d’un demi-siècle !
L’établishment du travail chez MV est complètement de l’ordre de la photographie me semble-t-il : omniprésence du noir et blanc (on pense aux noirs et blancs veloutés d’un Bill Brandt ou d’un Edouard Weston), prépondérance des séries qui articulent un thème particulier, choix des sujets complètement liés à la dichotomie même du genre photographique. MV décline avec énormément d’enthousiasme et de clarté tous ces composants qui font de la photographie non plus un modèle mais une substance, une matière à part entière. Le travail est affirmé (historicisé pourrait-on dire) avec l’ataraxie la plus stoïque. Toute la série des peintures des chambres à coucher, des camera oscura devrait-on dire tant la référence à l’origine de la photographie est présente, en est un exemple frappant. La dernière série de 2018 sur les fenêtres parle d’elle-même : sortes de daguerréotypes après l’heure (utilisation du verre, non de la toile contrairement aux autres séries) aux noirs-blancs-gris dégoulinant de luminescences matinales où viennent interférer les fantômes maléfiques des sels d’argent chromogéniques dévoilant, ou plutôt dissimulant les gestes virtuoses de l’artiste (peintre). Bien entendu ici le pictural l’emporte, même si le caractère propre à la peinture a été relégué au troisième sous-sol, au profit du caractère propre à la photographie…
Décidément l’un ne peut se passer de l’autre, quel couple infernal !

(1) Profanations, Giorgio Agamben, Rivages, 2005

https://www.michelvautier.fr/

j.f. Yorobietchik

Septembre 2018