On l’a déjà dit, Andrew Wyeth peignait comme son père qui peignait déjà comme Howard Pyle, son professeur.

On ne s’étonnera pas non plus que Scribner VIII ait fini par publier les livres qu’avait choisi Scribner VII ;
il faut dire ici que la famille Scribner ne compte aucun peintre dans ses rangs mais les dirigeants successifs de Charles Scribner’s Sons, célèbre maison d’édition new-yorkaise.

Pour ne plus s’étonner des ressemblances entre les peintures des Wyeth et les livres des Scribner, on peut aussi s’intéresser aux conseils de John Graham – président de la Graham Exportation Co., société d’import-export de conserves de produits à base de porc – à son fils Pierreponte.

Ainsi, lorsqu’interrogé sur la façon dont il composait le catalogue des sorties, Scribner VIII avait pour habitude de répondre qu’il piochait ses meilleurs ouvrages dans la liste de ceux choisis par Scribner VII en son temps, et donc gage de qualité, assurant que le livre avait déjà tapé dans l’oeil d’un éditeur expert. Pyle, lui, considérait qu’une bonne peinture devait être au plus près de son sujet, et John Graham, qu’une bonne éducation ne vaut que couplée à la connaissance de ce qui fait un bon jambon.

Scribner VII, lui, cherchait une seule chose dans un livre : son appartenance à la Scribner’s Collection, fondée par Scribner VI, et qui avait pour vocation de faire redécouvrir les trésors oubliés édités du temps de Scribner III. Les sujets, pour Pyle, doivent répondre à un
seul critère : ils doivent être au plus près de la réalité.

Le frère de Scribner VI, Scribner V, gérait lui le Scribner’s Magazine. On y trouvait les rééditions des Scribner’s Classics, ces livres choisis par Scribner II parmi les publications de Scribner I. John Graham apprenait dans le même temps à son fils le bon sens qui fait distinguer la mule stupide mais obéissante, de celle maline mais mauvaise.

C’était Scribner IV qui avait conseillé à Scribner V de se concentrer sur les Classics de Scribner II pour ne ressortir que le meilleur de ce qu’avait publié Scribner I, pendant que Scribner VI s’occupait de la Collection de Scribner III, tandis que pour Howard Pyle, une réalité ne valait d’être peinte qu’à condition de ressembler à celle de nos pères, et que pour John Graham une femme ne devait être épousée qu’à la condition de ressembler à notre mère.

Alors, tandis que Scribner VIII publie Scribner VII qui publie Scribner VI qui publie Scribner III et que John Graham explique à son fils qu’il commencera sa carrière au même poste que lui pour y traverser les mêmes épreuves, Howard Pyle explique qu’il faut peindre ce qui entouraient nos pères, comme ils le voyaient, à Newell Convers Wyeth qui l’expliquera à Andrew qui l’expliquera à Jamie qui ne peut donc faire autrement que peindre comme son père qui faisait déjà de même. Cela n’a plus rien d’étonnant.

N’ayant appris la peinture que dans la mimétie de celui qui fut son professeur, Andrew ne pouvait faire autrement que devenir la réplique de celui qui l’avait précédé.

Voila pourquoi toute tentative d’analyse de l’oeuvre d’Andrew Wyeth fait nécessairement remonter l’image de Newell Wyeth.

Newell Wyeth ne peignait pas comme son père, qui, pour ce qu’on en sait, ne peignait pas.

C’est sa mère qui dispose autour de lui toute une pléthore d’écrivains dans sa jeunesse.

Il trouve plus tard ses sujets dans l’Ouest, on l’a déjà dit.

Au Colorado, parmi les derniers cow-boys et les indiens, cette Amérique des pionniers vouée à disparaître, qu’il s’évertue toute sa carrière à faire revivre dans ses illustrations vendues à différents magazines.

En 1908, il achète la ferme de Chadd Fords ou nous retrouvons Andrew qui y naît dix ans plus tard.

Newell élève ses enfants comme il l’a été, et si Andrew devient peintre, c’est qu’une grande partie de son
éducation a consistée en ce que le fils regarde son père travailler et reproduise ses gestes.

Alors, qu’Andrew Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant.

C’est lui qui fait venir pléthore d’artistes à son chevet dans sa ferme natale.

On sait qu’il trouve ses sujets dans les régions de son enfance, entre la Pennsylvanie et le Maine, où il prend comme modèles les fermiers et leur filles au pair, tout ce qui fait cette Amérique rurale vouée à disparaître,  qu’il s’évertue à représenter dans ce qu’elle a de plus étrange.

En 1943 naît son premier fils Nicholas et trois ans plus tard, Jamie.

Andrew élève ses enfants comme il l’a été, et si son deuxième fils devient peintre, c’est qu’une grande partie
de son éducation consiste en ce qu’il le regarde faire et reproduise ses gestes.

Alors, que Jamie Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant puisque c’est lui qui fait venir à son chevet pléthore d’artistes dans sa ferme de Chadd Fords.

Jamie, on le sait, trouve ses sujets dans les régions de son enfance.

Il passe sa vie entre la Pennsylvanie et le Maine, y prend comme modèles les moutons et leurs éleveurs, tout ce qui fait cette Amérique rurale que l’on aurait crue déjà disparue. Il s’évertue toute sa carrière à la représenter comme son père avant lui ; c’est d’ailleurs ce qu’on lui reproche.

Pourtant, que Jamie Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant, lui qui n’apprend la peinture qu’à travers l’observation et la mimétie : voilà pourquoi toute tentative d’analyse de l’oeuvre de Jamie Wyeth fait remonter l’image d’Andrew Wyeth qui peignait comme son père, et cela n’a rien d’étonnant, il n’apprit la peinture qu’à travers l’imitation de celui-ci.

C’est pourquoi toute tentative d’analyse de son oeuvre fait nécessairement remonter l’image de Newell Wyeth.

Lui ne peignait pas comme son père, qui ne peignait pas. Il peignait les cow-boys et les indiens, tout ce vieil Ouest Américain voué à disparaître qu’il faisait revivre dans ses illustrations vendues à différents magazines.

En 1908, il achète la ferme de Chadd Fords où Andrew nait dix ans plus tard. Si ce dernier devient peintre, c’est qu’une grande partie de son éducation consiste à imiter Newell en train de peindre.

Alors, qu’Andrew Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant.

Il aime à peindre les fermiers et leur filles au pair, toute cette Amérique rurale vouée à disparaître et qui se montre dans toute son étrangeté sur ses toiles.

En 1943 naît Nicholas et trois ans plus tard Jamie.

Si ce dernier devient peintre, c’est qu’une grande partie de son éducation consiste à imiter Andrew en train de peindre.

Alors, que Jamie Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant.

Il aime à peindre les moutons et leurs éleveurs, tout ce qui fait cette Amérique rurale que l’on aurait crue déjà disparue et qu’avait peinte son père avant lui. C’est bien ce qu’on lui reproche.

Pourtant, que Jamie Wyeth peigne comme son père n’a rien d’étonnant, lui qui n’apprend la peinture qu’à travers l’imitation, il ne peut que devenir comme celui qui l’a précédé.

Tenter d’analyser l’oeuvre de Jamie Wyeth fait donc remonter l’image d’Andrew Wyeth, qui peignait comme son père, cela n’a rien d’étonnant.

 

Arthur Kuhn

Octobre 2017

arthurkuhn.fr