George Hadjimichalis, artiste grec. L’œuvre exposée s’intitulait Crossroad. The Crossroad where Oedipus killed Laius, le voyage de Thèbes à Corinthe, Delphes et retour à Delphes. La Grèce, la mythologie, difficile de dissocier le binôme…
La Documenta 14 de Kassel s’est achevée fin septembre, je m’étais promis d’écrire sur cet artiste et sur le travail présenté qui m’avait interpelé. Et puis des soucis de santé m’ont empêché de mener à bien mon projet. Tant pis il sort après la bataille.
Une pièce carrée où courent sur les murs une série de 64 photos noir et blanc, tirage argentique, photos de paysages désertiques traversés par une longue route de terre, caillouteuse, poussiéreuse.
Eh oui bien sûr, la Grèce, les mythes, nous sommes en territoire connu, c’est notre histoire, notre culture, l’héritage qui continue d’habiter notre contemporain. On pense tout de suite à Œdipe Roi de Pasolini, à toutes les résonnances que ce nom d’Œdipe peut avoir. On observe attentivement chaque photo, l’une après l’autre, presque identique, monotone, formant un continuum, un parcours qui nous mène dans l’espace de notre imaginaire qui est entré en action dès la lecture du titre.
Le centre de la pièce est occupé par une immense maquette reproduisant les lieux où l’artiste s’est probablement rendu pour ce travail, maquette faite de plaques de tôles rectangulaires, soudées l’une à l’autre. Par un subtil jeu d’éclairage l’acier prend ici l’aspect d’un plan d’eau, là d’un terrain onduleux à l’aspect lisse ou granuleux, quant à la route, elle est formée par les soudures des plaques d’acier. Soudain un doute m’assaillit, je retourne aux photos, la route, si droite, presque géométrique…. J’aperçois alors dans les photos les découpures des tôles.
Voilà, tout se jouait donc là, dans le titre évocateur, racoleur et au-delà peut-être aussi provocateur. La dimension du mythe devenait simplement … l’espace géographique fictif construit de toutes pièces par l’artiste, tout comme le voyage entrepris pour réaliser ses prises de vue se révélait un cheminement intra-muros dans l’espace de son atelier.

Miko Mikado

Novembre 2017