Remplir un espace quel qu’il soit avec des œuvres d’art du passé, du présent, voire du futur, n’est pas si difficile que cela en a l’air, mais pas si facile non plus !
Trouver un thème pour excuser ou légitimer le remplissage de l’espace en question avec des œuvres d’art du passé, du présent, voire du futur, n’est pas non plus si difficile que cela en a l’air, mais pas si facile non plus !
La question de fond serait pourquoi, sous prétexte d’une Biennale d’art contemporain à Venise, remplir absolument les espaces vénitiens avec des œuvres d’art du passé, du présent, voire du
futur, faisant ressembler le tout à une espèce de foire aux antiquaires plus ou moins conceptualisée et historicisée par une curatrice à la mode?  Certes mes propos ici sont quelque peu exagérés j’en conviens mais il faut avouer que les « dauphins » de Cosima Von Bonin, sur le toit du pavillon central m’ont laissé perplexe voire exaspéré ! (l’installation de ses sculptures à New York en 2016 « Who’s Exploiting Who in the  Deep See » pouvaient encore marcher).
Il faut quand même dire que cette biennale est « la première à être dirigée par une femme italienne, la première pour la proportion de femmes artistes et, sinon la première à coincider avec le début d’un conflit militaire majeur » (dixit Massimilio Giorni dans Art Press Mai 2022, le mari de la dame qui a, lui aussi, dirigé cette Biennale en 2013). Je me dois de reconnaitre que le travail de Cecilia Alemani n’a pas dû, certes, être une partie de plaisir considérant les problèmes de pandémie qui ont fait reporter l’exposition, et aussi le fait même de la sélection des artistes puisque il a y beaucoup de travaux qu’elle n’a pas pu voir de visu, et qui ont été selectionnés sur écrans d’ordinateurs !
Peintures par-ci, vidéos par-là, photos, installations, performances, échantillonnage intelligent et cohérent tournant autour d’un posthumanisme récurant jouant sur cette thématique bien rodée du naturel/artificiel.
Reste le doute finalement sur les enjeux réels d’une exposition comme la Biennale de Venise. Le mot d’ordre devait certainement être PLAIRE, plaire à toi, à moi, à vous, aux gens de lettres comme aux gens des genres ! Comment une exposition de ce type comme la Biennale de Venise, peut-elle devenir simplement un objet de curiosité jouant ou se jouant d’un public toujours plus large, pas forcément enclin à repérer les stratégies sous-jacentes d’une exposition de cette envergure ? En recousant et mettant bout à bout les reliquats d’un imaginaire historique ? pourquoi pas ?  Cela se discute bien entendu ! Cecila Alemani revient souvent aux échanges qu’elle a eu avec les artistes : « dans quelle mesure la définition de l’humain est-elle en train de changer ? Qu’est-ce qui distingue l’humain de l’animal, de la nature et du non-humain ? Quelles sont nos responsabilités envers les autres formes de vie ? Que serait la vie sans nous ? Toutes ces questions étaient dans l’air et souvent interrogées par les philosophes, les penseurs, les scientifiques, les chercheurs, et les écrivains. La pandémie les a rendues très concrètes et existentielles. »
Révisionnisme historique ? (là l’expression est plus que limite j’en conviens aussi) peut-être puisque  ces  stratégies camouflées s’adressent « aux sensibilités non expérimentées autant qu’aux sensibilités expérimentées. » Révisionnisme de la perception aussi puisqu’on assiste aujourd’hui à une volonté outrecuidante de tout expliquer, rationaliser, classer, instituer. En d’autres termes serions-nous devant quelques anachronismes populistes ? L’art doit-il être assimilé et compréhensible par le plus grand nombre, disons, de « spectateurs » ? En d’autres termes il ne faudrait pas oublier les 6 longs mois de la durée de cette Biennale (d’avril à novembre, la plus longue de toutes les expositions de ce type), et les revenus que cela occasionne !

Question choix (non objectif bien entendu) pour les Giardini de la Biennale je retiendrai pour l’autorité des propositions  :
– le pavillon de l’ex-Tchécoslovaquie, fermé pour cause de réfection de l’espace (solidarité avec le fait que les artistes russes se soient volontairement retirés ?)
– le pavillon Espagnol (artiste Ignasi Aballi)
– le pavillon du Luxembourg (qui se trouve à l’Arsenal, artiste Tina Gillen)
– le pavillon Arménien (artiste Andrius Arutiunian), ne rater sous aucun prétexte la flasque d’eau de vie de murier arménien, cuvée spéciale Venise édition, 45°, intitulée Gharib Oghi (le titre est la thématique de l’expo en fait, qui pourrait se traduire pas un étranger qui s’insinue dans notre esprit) vendu avec un petit catalogue le tout pour la modique somme de 20 euros.
Si le temps vous en dit vous pouvez aussi vous laisser conduire au pavillon de Hong-Kong, proche de l’arménien, pour voir surtout le petit film édifiant de l’artiste Angela Su, The Magnificent Levitation Act of Lauren.

Pout la petite anecdote on notera en passant la pause-repas de midi du pavillon de Macao !